mardi 2 mars 2010

Du roman au scénario de JdR (5) : le diagramme, élément central

Cette étape de l'élaboration du diagramme est une phase importante dans mon processus d'adaptation. Il replace en situation les personnages de l'intrigue, leurs rôles dans l'aventure, leurs relations, etc., pour en donner une vue synoptique. C'est à partir de cela que, dans la phase suivante, j'organiserai la rédaction du scénario.
Pour Les ombres de Wieldstadt, voici le schéma tel qu'il m'apparaît. J'ai essayé de faire ressortir les forces en présence,  qui peuvent se résumer en trois groupes principaux, dont un comprend deux sous-groupes :
  • le grand méchant et ses sbires ;
  • ses victimes, réparties en deux sous-groupes, celles qui l'ont jugé/condamné et celles qui ont récupéré ses livres de magie ;
  • les empêcheurs de tourner en rond (le chevalier chasseur de créatures maléfiques, ses amis et ses alliés éventuels).
 

lundi 1 mars 2010

Du roman au scénario de JdR (4) : la liste commentée des personnages

Après avoir décortiqué les chapitres du roman, puis élagué mes notes pour n'en retenir que la matière qui me servira au scénario, je m'intéresse maintenant aux principaux personnages de l'histoire, en essayant de bien comprendre les différents camps en présence, les relations entre les personnages, etc. Je mène cela selon deux voies parallèles :
  • d'un côté, je dresse une liste des personnages, en me demandant comment ils pourront s'intégrer au scénario. À l'exception du héros et de quelques-uns de ses amis, qui préfigureront le « groupe de PJ », les autres deviendront des PNJ de premier plan ou d'arrière-plan ;
  • d'un autre côté, j'essaie d'établir mon diagramme représentant les personnages et les relations entre eux (ceci fera l'objet de mon prochain billet).

La liste des personnages me permet de vérifier, en les cochant au fur et à mesure que je les place dans mon diagramme, que je n'ai oublié personne dans le diagramme. Quand je dresse ma liste de personnages, je ne me contente pas d'une série de noms ; j'affecte à chacun quelques mots me rappelant le rôle qu'ils ont dans le roman et celui qu'ils pourront avoir dans le scénario que j'envisage. Bien évidemment, je ne retiens, parmi les personnages du roman que ceux qui ont survécu à l'élagage auquel j'ai précédé précédemment.

Pour les Ombres de Wielstadt, je laisse donc de côté la fée Chandelle, Mme Gebücher, l'astrologue Udo Limm, etc.

Voici la liste des personnages telle que je la dresse et commente :
  • le chevalier Kantz : personnage central du roman, ex-homme de religion, homme d'épée, il lutte contre les créatures démoniaques ;
  • les amis de Kantz : Günther Vecht (libraire imprimeur), Willem (son chef d'atelier), Jacob Huygens (étudiant à l'Université), Appolonius de Pise (poète, philosophe, librettiste), Zacharios (patron d'auberge, source de divers « tuyaux »), Thadeus Lunkevitz (kabbaliste, qui est aussi une victime des meurtres en séries). Pas fondamentalement importants dans l'adaptation en scénario. Toutefois, ils donnent une idée des types de PJ qui pourraient être conseillés pour jouer le scénario (des « lettrés », en plus des habituels « combattants ») ;
  • Rainer von Regenhalt, un représentant de la loi, indirectement mouillé dans cette affaire ;
  • les Templiers : un soutien potentiel pour Kantz (et donc pour les futurs PJ), en cas de « grosse bagarre » ;
  • la « Dame en rouge » : un personnage très mystérieux, qui tire une partie des ficelles en coulisses ;
  • Alexander von Göttenberg, le grand méchant : un ancien kabbaliste, qui revient des Limbes pour se venger de ceux qui l'ont trahi et dépossédé de ses livres de magie ;
  • Horst Kleib et ses mercenaires : devenus, sans l'avoir demandé, les exécuteurs des basses œuvres d'Alexander von Göttenberg, après avoir été tués par la bande à Widauer ;
  • Widauer et ses complices : des truands qui trafiquent dans le dos du Roi Misère ;
  • le Roi Misère : le chef de la pègre, qui n'apprécie pas qu'on essaie de le gruger ;
  • la Sainte-Vehme, les Wissenden (ceux qui savent), les Freischoffer (les francs-juges) : une société secrète qui rend et exécute la justice à sa manière ;
  • une liste de dix noms : ceux qui, membres de la Sainte Vehme, ont jugé et condamné Alexander von Göttenberg ;
  • les victimes : Odensen (tapissier), Holger Heusch (docteur en théologie), Guillem von Göttenberg (aristocrate), Hubert Lefèvre (alchimiste français), Karl Hermlin (libraire), Hanz Gotzler. Ils ont trahi, ou condamné, ou spolié Alexander von Göttenberg, et sont les victimes de sa vengeance. Certains d'entre eux sont dans la « liste de dix noms » ;
  • Reinecker : un spadassin au service de Gotzler.

Il peut m'être également utile de dresser une liste des lieux importants. Dans ce roman-ci, cela ne me semble pas nécessaire, du fait qu'il n'y a quasiment qu'un seul lieu vraiment important, une lieu double - en fait - l'église qui sert de refuge du « grand méchant » et de ses goules, et le cimetière qui la jouxte.
 
* * * * *

Du roman au scénario de JdR (3) : l'élagage des notes

Après avoir repassé tout le roman en revue et établi le résumé des différents chapitres, je procède à un premier tri, en écartant de ce résumé général les éventuels éléments qui ne sont pas au cœur de l'intrigue principale (celle que je souhaite adapter), comme les intrigues secondaires.

Dans le cas des Ombres de Wielstadt, je délaisse donc, pour commencer, une grande partie du début du roman :
  • le prologue. Je considère que la protection de la ville par le dragon n'est pas un élément indispensable pour le scénario de JdR. Utiliser le dragon comme deus ex machina pour sauver le héros [chapitre 35], ça peut fonctionner dans le roman, mais ça empêcherait les PJ d'un final prenant, dans un scénario de JdR ;
  • tout ce qui a trait à la fée que Kantz a recueillie [chap. 1, chap. 8]. Certes, la créature apporte une touche particulière dans le roman, et rend un fier service à Kantz contre Reinecker [chap. 32], mais je pense que pour le décorticage de trame, je peux m'en passer ;
  • ce qui a trait à la possession de Mme Gebücher [chap. 2], au combat entre Kantz et le démon [chap. 4], à la punition par Kantz de l'astrologue Ugo Limm [chap. 12] ;
  • les détails sur l'auberge « La cigogne noire » [chap. 5]. Je ne conserve que Zacharios, futur PNJ plein de ressources ;
  • le détail du service rendu par Kantz aux Templiers [chap. 7] et le cadeau qu'il reçoit pour cela [chap. 14]. Il me suffit, si je veux garder dans le scénario l'idée d'un soutien possible par les Templiers, de retenir que les Templiers ont une dette d'honneur envers Kantz ;
  • les détails sur la maisonnée de Kantz (sa gouvernante Heide, le jeune Stefan) [chap. 6] ;
  • les bouts de chapitre détaillant certains éléments propres à l'univers du roman mais qui ne sont pas des soutiens forts de l'intrigue : l'histoire de Wielstadt [chap. 3], les informations sur les peuples non humains [chap. 10] et sur les pistolets à rouet [chap. 10]

Une fois tout cela élagué, il reste quand même beaucoup de matière, n'en soyez pas inquiets.

Du roman au scénario de JdR (2) : les chapitres résumés

Après la lecture du roman, quand je veux passer à l'adaptation vers un scénario de jeu de rôles, ma première étape est de reprendre le roman depuis le début, et de noter sur un bloc-notes les éléments-clés de chaque chapitre. Cette phase m'est nécessaire pour bien m'imprégner des détails, avant de prendre du recul pour en tirer les lignes de force, l'organisation de la trame.
Parfois, mon résumé d'un chapitre tient en quelques mots, parce que je n'y vois pas beaucoup de matière qui pourra me servir dans les étapes ultérieures de ma démarche ; pour d'autres chapitres, en revanche, je garde plus de notes, parce que je ressens que ça va me servir de manière plus poussée. Il arrive que, dans un chapitre, l'auteur donne beaucoup d'informations sur l'univers dans lequel l'aventure se déroule, ou sur la vie d'un personnage important de l'aventure ; dans ce cas, je ne recopie pas tout cela sur mon bloc-notes, et je me contente de pointer la ou les pages dans lesquelles je pourrai retrouver toutes ces informations quand elles me seront nécessaires dans la suite de ma démarche.
Je prends des notes à la volée, sans trier, dans cette phase-là, ce que pourra me servir ou pas dans l'adaptation.

Les ombres de Wielstadt s'articulent en 32 chapitres, précédés d'un prologue et suivis d'un épilogue. Voici ce que j'en ai retenu dans mes notes. J'ai retranscrit mes notes telles que je les ai prises sur mon bloc-notes, sans les retoucher. Les indications entre crochets font référence aux chapitres du livre. Les abréviations sont celles que j'ai utilisées pour m'éviter de réécrire, à chaque occurrence, le nom complet de certains personnages.
Pour ne pas dévoiler l'intégralité du contenu du roman, je ne reproduis pas mes notes sur la totalité des chapitres. Mon intention, dans ce billet, est surtout de montrer comment je passe le roman à la moulinette.

* * * * *

Ambiance générale : le roman se déroule en 1620, dans la ville imaginaire de Wielstadt, située dans le Saint-Empire romain germanique secoué par le début de la guerre de Trente ans.
[Prologue] Un dragon protège la ville de Wielstadt.
[1] Le chevalier Kantz trouve une fée.
[2] Chez Jacob Huygens. Sa logeuse, Mme Gebücher, est possédée.
[3] Un mystérieux cavalier arrive à Wielstadt. Chapitre d'histoire de la ville.
[4] Kantz affronte et tue un démon dans la cave chez Huygens.
[5] Auberge « La cigogne noire », propriété de Zacharios, un faune, ami de Kantz. Feodor, le colosse, domestique de Zacharios.
[6] Kantz prend Stefan, un jeune homme, à son service. Heide, la gouvernante de Kantz.
[7] Kantz rencontre les Templiers. Il leur a rendu un service en libérant l'esprit de l'un des leurs de l'emprise d'une puissance maléfique. → Les Templiers sont un peu les débiteurs de Kantz.
[8] La fée a disparu. Zacharios dit à Kantz qu'on parle d'une « Dame en rouge » revenue à Wielstadt. La fée est retrouvée.
[9] Des mercenaires, conduits par Horst Kleib, viennent fourguer une partie de leur butin à la bande de Widauer. Mais Widauer et ses complices assassinent (poison) HK et sa bande, pour garder le butin pour eux, sans rien dire au Roi Misère dont ils dépendent pourtant. Le mystérieux homme du [3] repère les cadavres de la bande de HK balancés par Widauer et complices au cimetière des Anges aveugles.
(...)
[15] Kantz et ses amis se retrouvent tous les mercredis à la Cigogne noire pour manger ensemble : Günther Vecht (libraire imprimeur), Willem (son chef d'atelier), Jacob Huygens, Appolonius de Pise (poète, philosophe, librettiste). Ce soir-là, leur ami Thadeus n'a pas pu venir, car il est épuisé ces temps-ci.
(...)
[19] Kantz et RvR sont sur les lieux d'un autre crime. La victime est Hubert Lefèvre, un alchimiste français que Kantz connaissait. Kantz repère un lutrin, mais aucun livre n'est posé dessus. Kantz se rappelle les livres chez Heusch.
(...)
[22] Kantz va voir Zacharios, qui connaît Hans Gotzler, un ancien juge réputé pour avoir envoyé beaucoup de monde au gibet. Kantz demande à Zacharios de surveiller le 10e nom de la liste, et d'arranger un rendez-vous avec le Roi Misère. Zacharios informe Kantz qu'une nouvelle tuerie a eu lieu, rue de l'Estrapade (quartier mal famé).
(...)
[30] Flashback : avant l'assaut sur l'église des Anges aveugles, Kantz a pu discuter avec Isaac, le survivant de la bande de Widauer et le faire parler (teneur des propos non révélée au lecteur à ce moment-là). Kantz rencontre RvR et lui explique qu'il a vu le Roi Misère, qui lui a permis de rencontrer et faire parler Isaac et, enfin, de comprendre le font de la rivalité entre la bande de Widauer et les mercenaires étrangers empoisonnés. Isaac a pu échapper au massacre car il n'était pas dans la maison à ce moment-là. Kantz a compris que l'église des Anges aveugles pouvait être le refuge des goules car elles ne peuvent pas s'éloigner longtemps de leur lieu de sépulture ; or c'est là que la bande de Widauer avait abandonné les cadavres des mercenaires empoisonnés. Les goules portent la marque LR (ou LP ?) sur le front. Le juge Gotzler demande à voir Kantz ; il tente de faire pression sur Kantz pour se le mettre dans la poche, mais Kantz refuse. Une fois Kantz parti, Gotzler demande à Reinecker de « s'occuper » de Kantz le soir même.
(...)
[Épilogue] Kantz se recueille sur la tombe de Thadeus, et se demande comment le disciple a pu trahir son maître. La Dame en rouge lui explique que Thadeus y avait été obligé par le Sainte-Vehme (Thadeus était juif, apatride, kabbaliste et sans fortune).

* * * * *
Voilà donc le genre de matière première dont je dispose à la fin de ma relecture et prise de note.s A titre informatif, mes notes manuscrites sur ce roman tiennent sur 9 pages format A5 (mais je reconnais que j'écris petit !).

* * * * *

Du roman au scénario de JdR (1) : les éléments de base

Suite à des demandes sur ce point dans le forum Casus NO, je vais détailler, dans une série de prochains billets, une de mes conversions d'un roman à un scénario de jeu de rôle.



Le choix de l'exemple

Pour servir d'exemple didactique, j'ai pris un roman que l'on qualifierait très probablement de « fantasy », et que j'aurais moi-même tendance à ranger dans la catégorie « historico-fantastique ». Il s'agit du roman Les ombres de Wielstadt, de Pierre Pevel (éditions Fleuve Noir, 2001, ISBN : 2-265-07044-0). J'ai retenu ce roman comme base pour la démonstration de ma méthode pour plusieurs raisons :
  • l'auteur a fait ses premières armes d'écriture dans le monde du jeu de rôles ;
  • après l'avoir lu, je me suis très rapidement dit que ça ferait une bonne base pour un scénario de JdR, et ce point-là a donc compté fortement dans mon choix ;
  • si le surnaturel est bien présent dans le roman, il m'a semblé qu'il pouvait être laissé de côté pour en faire une adaptation à un univers de jeu sans fantastique ;
  • l'intrigue du roman, sans être follement originale, est bien menée ;
  • cette intrigue repose sur des ressorts suffisamment universels (la jalousie, la trahison et la vengeance) pour qu'elle soit utilisée dans des univers de JdR très variés.
Compte tenu du fait que cette série de billets va entrer dans les entrailles du roman, les mettre à nu, avant de reconstruire quelque chose qui en sera directement inspiré, j'ai pris contact avec l'auteur, Pierre Pevel, pour lui exposer ma démarche en détail, et solliciter son autorisation de publier ces billets. Après des échanges cordiaux, il m'a accordé son autorisation, au vu de l'intégralité des billets que je compte publier dans cette série. Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.


L'histoire des Ombres de Wielstadt en quelques mots [attention, révélation de la trame]

Un kabbaliste renommé est traduit devant un tribunal secret, sur la foi de deux témoignages : celui de son frère, jaloux de lui, et celui de son disciple, victime de pressions liées notamment à sa religion. Après vingt ans d'errance dans les limbes, l'âme du kabbaliste revient dans la ville de Wielstadt se venger de ceux qui l'ont trahi, de ceux qui l'ont jugé et condamné, et de ceux qui se sont partagé ses livres de magie.
La sauvagerie des meurtres signant cette vengeance attire l'attention des autorités locales et du chevalier Kantz, un « chasseur de créatures maléfiques » qui est le héros positif du roman.


À quels jeux l'adapter ?

Ma première réaction après la lecture du roman a été de me dire que cette trame pouvait s'adapter sans grande difficulté à un JdR comme Warhammer : le Saint-Empire germanique de notre Histoire, cadre du roman, colle bien avec le Vieux Monde de Warhammer, les créatures fantastiques du roman (des faunes aux goules) n'y seront pas dépaysées, et les histoires de savants, de sorciers et de vengeance peuvent donner de bonnes aventures warhammeriennes. Mais l'adaptation peut être à peu près aussi aisée pour des jeux « avec fantastique » comme Les secrets de la 7e mer, pour Aquelarre vu sous son angle Villa y Corte, ou encore pour Pavillon Noir en incluant les apports du supplément Entre ciel et terre.
Toutefois, d'autres jeux « avec fantastique » peuvent tout aussi bien convenir à une adaptation, avec un petit peu plus de travail. Je n'ai pas tenté l'exercice concrètement avec des jeux comme Qin ou Praetoria Prima, par exemple, mais même sans être fin connaisseur de ces jeux, je pense que ça ne doit pas être insurmontable.
En délaissant l'aspect fantastique, l'intrigue du roman reste tout de même une bonne base de scénario. Parmi les jeux qui me viennent à l'esprit comme de bons univers d'adaptation, Capitán Alatriste et Te Deum pour un massacre sont en bonne position.
Enfin, pourquoi ne pas imaginer d'adapter ce roman à un univers cyberpunk ? Les limbes dans lesquels l'âme du kabbaliste a erré pendant vingt ans ne pourraient-ils pas être représentés par une matrice informatique ?


Articles à venir

Dans les prochains billets, je montrerai comment je procède au fil des étapes :
  • je prends des notes pour résumer les chapitres (publié) ;
  • j'élague ces notes pour en garder la matière essentielle (publié) ;
  • je dresse la liste commentée des personnages (publié) ;
  • j'établis le diagramme de l'intrigue (publié) ;
  • je réorganise la matière disponible (publié) ;
  • je vais vers une trame générique, avant de lui redonner une autre chair (publié).
* * * * *



* * * * *

samedi 27 février 2010

Charlie don't surf!


J'ai de nombreux exemples en tête, quant aux personnages sortant de l'ordinaire, mais le premier auquel je vais faire une place dans ces colonnes est le Lieutenant-colonel Bill Kilgore, incarné par Robert Duvall dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979). Pourquoi lui ? Parce que j'ai très récemment acheté une réédition du roman de Joseph Conrad Au cœur des ténèbres dont ce film est inspiré, et que cette réédition contient un DVD version longue du film. Et aussi parce que j'estime beaucoup Robert Duvall comme acteur. Enfin, parce que le personnage de Kilgore est bien emblématique de mon propos sur les personnages sortant de l'ordinaire.


William « Bill » Kilgore commande, dans le film, le 1er escadron du 9ème régiment de cavalerie (1st Squadron, 9th Cavalry Regiment, 1-9 Cav) de l'armée des États-Unis engagé dans le conflit vietnamien. Là où les autres membres de cette unité portent le casque réglementaire sur le champ de bataille, Kilgore, arbore fièrement le chapeau orné des sabres entrecroisés et le foulard jaune, lien d'héritage de la cavalerie du temps des chevaux où le régiment fut créé (1866). Anachronisme et symbolisme, pour ce chef charismatique. Ajoutons à cela une propension à rester debout sous les balles alors que ses hommes ont tendance à se mettre à couvert, une dévorante passion pour le surf qui le fait monter sur sa planche pour affronter des vagues sous les tirs de mortiers ennemis, et des répliques-choc comme « Charlie don't surf! » (« les Viets font pas d'surf ! ») ou « I love the smell of napalm in the morning » (« J'aime l'odeur du napalm au matin ») et vous avez là l'exemple même de ce que j'appelle un PNJ haut en couleurs et inoubliable.

Des personnages pimentés


En plus d'essayer de trouver des idées de scènes ou de scénarios de jeu de rôles dans les livres et les films, je tente aussi d'y trouver des idées pour des personnages sortant de l'ordinaire. À mes yeux, un JdR, qu'il repose sur un univers « terre à terre » (j'évite, à dessein, l'emploi du qualificatif « réaliste », qui fait pousser les marronniers dans les forums rôlistes) ou sur une ambiance « plus grande que nature », gagne souvent en intérêt pour les joueurs lorsque les aventures impliquent des rencontres avec des PNJ bien typés. Le fait qu'ils sortent de l'ordinaire les rend d'autant plus faciles à garder en mémoire. Et j'irais même jusqu'à dire que des PNJ savoureux peuvent aider à camoufler la faiblesse éventuelle d'une intrigue.

Cogiter des PNJ frôlant la caricature, c'est à peu près naturel pour des ambiances « pulp », par exemple, où les savants fous font partie du paysage quotidien. Ça l'est tout autant dans des ambiances de science-fiction, où l'extravagance est quasiment élevée au rang de norme. Mais il n'y a aucune raison de se priver de recourir à des PNJ insolites même dans des univers rôlistes plus « sérieux » ; c'est peut-être même dans ces contextes-là que l'on peut recourir aux contrastes les plus marquants.


La réalité comme la fiction offrent de larges galeries de personnages dans lesquels piocher, de Simon Fraser, 15e Lord Lovat, débarquant sur la plage normande « Sword », le 6 juin 1944, au son de la cornemuse de son piper personnel Bill Millin, au chasseur de primes Gaff amateur d'origami dans Blade Runner, en passant par le chevalier d'Eon vivant une partie de son existence habillé en femme. N'hésitez donc pas à vous inspirer des détails qui font mouche. Par exemple :
- une tenue vestimentaire qui détonne totalement dans l'environnement, tel le costume d'écolier, avec veste, pantalon court et cravate (de son lycée Ashfield Boys High School, de Sydney), porté par le guitariste d'AC/DC, Angus Young ;
- des accessoires, comme l'éventail du créateur de mode Karl Lagerfeld (oui, je sais, rien ne m'arrête) ;
- une marotte en contradiction avec le reste de la personnalité, comme l'ogre amateur de miniatures en cristal, dans la série de BD Garulfo d'Ayroles et Maïorana ;
- des répliques caractéristiques, comme le cinglant « Go ahead, make my day! » de l'inspecteur Harry Callahan dans Sudden Impact de Clint Eastwood (1983), ou le plus léger « Freine, Mimosa, freine... » d'Une époque formidable de Gérard Jugnot (1991).

Alors, forcez le trait ou jouez le contraste, mais évitez la fadeur, si vous voulez que vos PNJ « habitent » vraiment vos scénarios.